27.3.05

Engelberg 1945 septembre

(Page 122 du cahier manuscrit)

Nous étions vingt huit restés à Les Avants, à l’hôtel Sport. Quelques jours plus tard, nous avons reçu l’annonce : les camps de soldats vont être fermés et nous partons tous à Engelberg, dans un Maison (Heim). Nous n’avons pas reçu nos deux semaines de congés promis depuis longtemps, pourtant Boriska s’en est préoccupé, puisqu’ils étaient à Luzerne pour ses semaines (de merveilleux artistes ont participé, Pablo Casals, Jehudi Menuhim, etc) ils auraient été heureux d’avoir entre temps avec les enfants les grand parents.) Mais pour les autorités suisses rien n’est urgent.

Donc, nous sommes parties tôt le matin tous les vingt-huit, le commandant Schmith nous a accompagné personnellement! En réalité il voulait encore se promener à Bern. À notre demande, il a organisé la route de façon qu’on puisse y rester deux heures, nous aussi. ayant ainsi réussi d’avoir un aperçu général de cette ville très vieille est spécialement intéressant et beau. Il a un parlement d’un style original, une rue très longue de la rivière jusqu’à Gerechigkuts Gasse, spécialement intéressant.

Des maisons avec des murs de couleur anciens et avec arcades, chacun une œuvre d’art en soi, les passages couverts. Après chaque six à huit maisons, des merveilleuses fontaines avec des sculptures, la ville entourée de montagnes… c’est une beauté irréaliste. Bien sûr, partout le symbole de la ville, “ Bàren ” Grube, avec ses ours amicaux, distribuant de morceaux de nourriture avec ses poignés serrés.

Nous n’avons pas pu rester à Luzeim, mais son port est très beau, le lac Vierwaldstetten est bleu azur, les oies sauvages y habitent, et le train avec (dents) nous a conduit à travers une route de montagne d’une heure et demie très belle, près des montagnes, dans un lieu de bains et de vacances à 1200 mètres.

Ceci est dans une vallée, entouré de tous les côtés, d’un côté par des montagnes toutes droite de 3000 mètres, blanchis de neige. Beaucoup d’excursions (d’après le prospectus 50) vers partout. Beaucoup de funiculaires, mènent à des hôtels encore plus en haut, certains en ont de funiculaires privés que son public peut utiliser gratuitement. Les réfugiés sont logés dans quatre hôtels très bons, chacun conduit séparément. Très compréhensif, pour nous, les juifs, cela compense beaucoup d’exigences justifiées.

Nous demeurons à Titlis, comme disait Emil en se référant à Laci, et seulement ensuite l’a-il mis en guillemets, parce que nous ne « demeurons » pas, mais on nous a « placés ». Nous avons reçus de chambre vers le nord (le soir reçoit seulement un peu de soleil), mais avec de merveilleux lit, de meubles anciens, de tapis devant le lit, l’eau courante draps de lit d’un blancheur impeccable, édredon fantastique et couverture de laine! La table est mise avec de la porcelaine, on mange bien.

Il y a énormément ici de Theresiendstadt, entre eux surtout 60 à 80 et beaucoup de femmes. Au début, on croyait que les Allemands ont laissé ses vieux partir en Suisse. Nous avons ensuite appris que pas du tout : mais comme de Theresienstadt, de ghetto “modèle” de temps en temps ils faisaient des groupes et les envoyaient au mieux, mais moins souvent, en autres camps de concentrations, à “Vernichtungslàgerbe”, la plupart de temps, ils les tuaient avec de gaz.

Cette fois, ils n’ont pas cru, non plus, qu’on va les emmener en Suisse pour qu’ils s’échappe vraiment. Personne ne voulait aller de lui même. Le conseil juif pensait que s’il faut donner plusieurs millier des gens, mieux vaut ne pas sacrifier des jeunes. Ainsi ont été désignés et ont échappé énormément de « momies” avec des cheveux blancs.

Le premier septembre par surprise, Laci avec Boris et Péter et la sœur de Boris nous ont rendu visite, ils ont passé une semaine à Luzern : musique, chaque soir de merveilleux concerts, avec Huberman et d’autres artistes de renom. Nous avons gardé Peter pour cette semaine, j’ai fait avec lui des excursions en plusieurs endroits, nous avons monté en funiculaire jusqu’à Trubsee, 2200 m, nous avons contourné le lac, entre temps un garçon, à notre demande, a joué sur son flutte des chants de hautes montagnes. Avec nous, il y avait un groupe sympa.

Nous nous sommes approchés ici de quelques familles; Kudelka, un monsieur charmant, bon, plus âgé qui joue bien le violon, son épouse Rozsi, plein de vie et esprit, une représentante de Wico à Budapest. Rozsi était déjà mariée, quand elle a fini le baccalauréat, elle a une licence pour enseigner, elle est intéressée de tout, elle est gentille, prête à aider, personne ne dira qu’elle a déjà 57 ans. Goldschmidt est d’un haut intelligence, critique, grand sioniste et sa femme est fine, agréable, aussi plus âgée, elle a été partout dans le monde. Les Kduelka, leur fils unique a émigré depuis des années à Canada, il a épousé une fille d’un fermier et maintenant il viendra en Suisse comme soldat anglais en permission pour rencontrer ici ses parents. Leur fille aînée vie depuis longtemps en Angleterre avec sa famille, le cadet, de même âge qu’Anna est ici avec son fils, mais ceci n’est pas de son mari, qu’était alors au travail obligatoire, elle ne sait même pas s’il vit encore. Tausz Flore, un être avec une âme spécialement fine, sensible a son mari à Zagg, elle n’a aucun nouvelle de son fils aîné, le cadet a 18 ans est parti en Palestine. Les Torda ont un fils de dix ans, il est un dentiste de Budapest, ils sont jeunes, sympathiques.

Ici à Engelberg, on commence à nous sentir un peu, entourés des gens sympathiques et de même calibre, comme à une station thermale. Mais la nuit mes pensés de dessinent. Je nous vois dans la baraque, je vois les divers types, la femme du chantre juif entouré de ses six ou huit enfants, incroyablement sales et puants de pipi, la femme est comme une vache…

Quelqu’un dit, j’ai vu Madame Frenkel, qu’elle est grosse, et ses bras, curieusement en avant, elle tenait son bébé, je ne comprenais pas pourquoi. Ensuite je me suis rendu compte : elle l’allaite! Les enfants sont toutes grosses. Tous les vendredis, ils chantent avec leur père qui n’aide jamais à s’occuper de ses enfants, de temps en temps vendredi soir apparaît une serviette plus grande, ils le décor avec des restes de pain jaunis et ils font la fête sandwich, gâteau!”. Je vois les nuits horriblement plein de bruit, le garçon de rabbin de quatre ans, Albert et sa fille Hanna rousse, sinon ayant des yeux étincelants, se querellent, hurlent, je vois leur mère couchée sur le lit, ils hurlent comme si on retirait de la peau d’eux, elle a une tranquillité incroyable : il faudrait battre Albert, nous ne pouvons pas dormir aucune nuit à cause de lui.

Les gens énervés et ceux qui les tranquillisent me dérangent encore davantage. Ensuite une voix féminin hurlant : souris, souris! Oui, je le sens, il court à travers mon visage. Entre temps, lentement, sans bruit, tombe sur nous un ou deux punaises. D’un coup un nouveau hurlement : Andrei a laissé tomber les pot de confitures sur la femme tranquille, bouleversée maintenant, dessous son lit, son contenu n’étant pas de confiture, mais le liquide jaune produit par lui-même. Une très fort tousse au milieu de la baraque.

Partout tchurr-tchurr, à gauche à droit, partout dans des pots de confiture. Le petit garçon s’éveille en pleurant : ne me bats pas maman, j’ai fait sur moi de nouveau. Une réponse d’une voix effrayant et nerveuse, de quelqu’un qui autrement est seul, elle s’affame de plus en plus pour son enfant qu’elle a réussi de sortir de la cave bombardée avec ses mains, qui ne mange presque pas, tout comme son mari énorme, pour pouvoir donner plus à son gosse, quand même elle dit : mais si, je te bats (hurlements) ta mère fait tout pour toi, tu vois, et quand on m’éveille même trois quatre fois par nuit pour un médicament (elle est pharmacienne et s’occupe de peu de médicaments enfermés dans une armoire dans notre baraque) et toi, tu rends humide à chaque fois notre lit… Le petit Sanyika répondit gentiment : moi aussi je fais tout pour toi… j’ai même mangé pour toi mon pain beurré…

Et c’était ainsi de nuit en nuit. Avec d’autres variations.

Un des réfugiés avait une femme d’origine italienne, vivant à Budapest avec sa fille naturelle de 14 ans, elle même fort naturelle, comme une danseuse de troupe d’Alger, avec sa façon triviale, elle racontait des choses à sa voisine, une femme fine et gentille, élevé d’une façon orthodoxe , que nous ne pouvions même pas nous imaginer qu’on puisse entendre - sinon lire dans un livre extrêmement exotique. La petite femme orthodoxe ne savait pas, fermer l’oreille ou rire… finalement elle sourit aux horribles et grossières choses racontées. Sa mère égoïste, occupe de plus en plus de place, elle a presque tout relativement, mais partout jette ses vêtements, n’arrive à trouver de place près de personne. Elle descend de son lit, met son pied plein de boue sur le lit de celle au-dessous, puis revient.

Les querelles pendant les distributions, tous se bousculent, hurlent, sentent de “protection”. Celui qui distribue (c’était un rôle jalousé mais difficile) est tout le temps attaqué, avec et sans raison. Toute la baraque est un perpétuel tohu-bohu ; pendant 24 heures de 24, il n’y a jamais de silence. Vers l’aube, le bruit est un peu atténué, alors je me rappelle avec crève-cœur des autres déportés et entre eux, les souffrances encore plus grands que nous de nos êtres aimés. Pourtant, je ne vois que maintenant, ne sais que maintenant, que nous ne pouvions même pas imaginer encore, la méchanceté humaine en cette échelle, on ne pouvait même pas imaginer, tout qui est arrivé aux millions, pendant que le plupart son arrivé à ne plus exister et devant lequel aussi peu se sont sortis…

1 commentaire:

brigetoun a dit…

assez formidable de passer des concerts à la description de la barraque