27.3.05

Logement, Caux décembre 1944

Le journal continue avec des poèmes que Sidonie a écrit.
Plus dur, plus amère, plus réelle presque que les mots en prose. Elle a écrit « à la manière de » plusieurs poètes, poèmes hongrois.

Les poèmes sont encore plus difficiles à traduire que le texte en prose. Néanmoins, les voici :

… puis nous sommes arrivés à Montreux,
Un bus est venu est nous a emporté,
Nous sommes montés à Caux
Dans le froid et dans la neige.

On nous a poussé dans l’esplanade
On a mis un numéro dans notre main
On nous a donné un seul couverture
La nuit, nous avons presque gelé.

Un jour, nos affaires sont arrivés
Mais nos dents claquaient toujours de froid
Puis il a fallu ranger
Et dans des valises les mettre.

Reconnaissant, le ciel nous regardons
Enfin, nous avons un édredon.
Que vaut l’édredon,
Notre camp boue, comme un chaudron.

Personne n’est tranquille
Etait-ce mieux à Bergen Belsen ?
Comme un problème de vie
Brûle la question de logement.

Époux tenu loin d’épouse,
N’ont place qu’au théâtre,
Quand ne peut pas dormir là,
Se faufile en cachette, à noir.

Dix femmes dans un pièce
L’homme entre quand même
Un inconnu, bien sûr
Comment ose-t-il le faire,

Un jeune couple espère depuis des temps
Vivre son mariage
Une vieille sorcière vie avec eux
Ce n’est pas comme dans le livre…

Une femme avec bébé pleure
On vient d’enterrer son fils
Ils l’ont ajouté comme cinquième
Dans la froid Sibérienne.

Il n’y a même pas de sol
Le poigné s’abîme
Il n’y a plus de fenêtre
Habitez-y, disent-ils, quand même.

La chambre est vidée,
Les lits sont emportés
Dormez par terre ou
Pendez-vous sinon aussitôt.

J’accroche la corde
J’y met ma robe
Je soupire de tout mon cœur
L’orage tombe dans mon cou

Je décroche la corde
Et tout qui va avec
Je me résigne à ce qui arrive:
On sèchera dans la chambre.

J’entre dans la baraque
Je mets le vêtement en haut
Mais quand j’ai fini tout à fait,
Le soleil est paru de nouveau.

Commence la lutte en moi :
Le sortir ou ne pas le sortir?
Enfin, la raison gagne,
S’il est dehors, il sera sec aujourd’hui.

Je sors de nouveau,
Je pends le linge
Peut commencer l’amusement
Reprisage des bas.

Intervient le vent hurlant
Vous ne comptez avec moi?
Mon corde se relâche
Le vêtements tombe en poussière.

Je ne me rebelle même plus,
Je relave ce qui est plein de boue,
Répare la corde un peu,
Puis reprends le reprisage.

L’aiguille bouge sans cesse,
Mais intervient comme un éclaire,
Le sentinelle me crie
Il faut reprendre le vêtement.

Je pense, sans dorénavant avec apathie
Que c’est une alerte à la bombe.
Qui sait combien il va durer
Mais je ne sècherais plus.

Je descend ma robe,
Je laisse la corde
J’y met mon cou,
Je me pends.

Il fallait surveiller nos vêtements pour qu’il ne change pas de « propriétaire ».
Alors, assis prés d’eux, nous reprisons pendant un à trois heures.

Continuer ma liste ?
Nos plaints vont au ciel.
Peut-être le Dieu l’entendra
Nous donnera tranquillité.

Mais Dieu ne nous aide plus,
Apprend ici autre nom
Celui qui nous domine
Et nous lui faisons tout.

Il y a dix commandes par jour
Tombe, comme l’eau sans cesse,
Coule comme le Tisza et Danube
Épargnez-nous ! Monsieur Hannunah !

Hannunah, une rescapé juif levantin, s’occupait à tenir l’ordre dans le camp. Omnipotent, désagréable, avec mauvais manières, ensemble avec les méchants et bas et d’âme noir d’ici.

Il nous a causé beaucoup de mauvais heures à tous. Plus tard, nous avons réussi à échapper de lui. C’est à Hannunah aussi qu’on le doit, entre autres, qu’on avait réduit de notre nourriture tout ce qu’ils pouvaient, sans que nous savons exactement entre qui était distribué les portions qui auraient dû nous revenir.

Plus tard, beaucoup plus tard, nous avons réussi à obtenir que nous recevions notre ration entier, et habiter aussi en meilleur condition, ce dont nous étions tous fort heureux.

2 commentaires:

sophos a dit…

tu as raison, Julie ... les poêmes sont encore plus... durs, rudes, crus......

Sophos

julie70 a dit…

et d'une certaine façon aussi plus sincères, disant davantage sur les misères ressenties